jeudi 29 septembre 2016

Une petite digression pour penser à autre chose...

Une prof de français dont je suis très proche, et même très très proche, a relevé, dans un livre scolaire, cette préconisation issue de la réforme de l’orthographe : on ne devrait plus écrire « un compte-gouttes », mais « un compte-goutte », et réserver le s au pluriel : « des compte-gouttes ». Et ça, ça m’agace. Lorsqu’on utilise un compte-gouttes, c’est qu’on a plusieurs gouttes à compter, en principe. Plusieurs, donc avec un s. Avec la nouvelle orthographe, dès que le toubib vous a prescrit quinze gouttes de bonne médecine, vous devez utiliser quinze compte-gouttes. C’est d’un pratique !
L’orthographe et le sens, ça devrait pouvoir marcher ensemble, non ? Certes, dans ce domaine, l’ancienne orthographe n’est pas exempte de bizarreries. On écrit « un cure-dent » et non « un cure-dents », alors qu’on n’utilise guère cet ustensile que lorsqu’on possède plusieurs dents, me semble-t-il. Mais ce n’est pas parce que de vieux usages ont consacré des absurdités que la réforme devait en créer de nouvelles. Voilà, c’est mon petit grognement du jour. Que je ne délivre qu’au compte-gouttes, bien sûr (avec un circonflexe). Là-dessus, ma prof de français préférée m'attend pour l'apéro. Bon, d'accord, mais juste une goutte !

mardi 19 juillet 2016

 L'édito du jour dans le journal qui me fait l'honneur de m'employer... Je suis surpris par le nombre des réactions positives que je reçois ce matin. C'est rare !

 

L’autre crime

A qui profite le crime ? Les sifflets lancés à Nice contre le chef du gouvernement et ses ministres, avant et après la minute de silence, constituent bien un crime contre la nation, qui ajoute la honte à l’atrocité du massacre du 14 juillet. Ce ne sont pas Manuel Valls et Marisol Touraine qui sont flétris par ces insultes. Elles détruisent d’abord ce dont nous étions légitimement fiers aux lendemains des attaques de janvier et de novembre 2015 : notre capacité à faire face aux agresseurs et à nous rassembler autour des victimes, au-delà de nos différends, ce qui n’interdit pas le débat démocratique après le temps du deuil.
Les huées entendues sur la Promenade des Anglais ne sont pas, comme on voudrait le croire, l’expression d’une saine colère contre l’impuissance de l’Etat. Elles sont la négation de l’unité de la République, un appel à la division et à la haine. Les terroristes et leurs commanditaires n’en attendent pas moins !
A qui profite le crime ? A ceux qui, quelques heures à peine après le drame, ont misé sur le désarroi des Français pour vendre leur soupe ? Par charité, on oubliera à jamais le nom de ce député qui, dès le 15 juillet, exigeait d’équiper les forces de l’ordre de lance-roquettes. A ce niveau d’absurdité, la tentative de manipulation de l’opinion trahit un tel mépris de l’intelligence du peuple... D’autres ont apporté un peu plus de finesse dans leur critique de l’action antiterroriste du gouvernement, qui, sans doute, doit, pour être efficace, être constamment contrôlée et réorientée. Mais les diatribes des donneurs de leçons, lancées dans une précipitation grossière, expriment tant de mauvaise foi et d’arrière-pensées qu’elles en deviennent inaudibles. Quand les siffleurs de Nice, encore atterrés par l’horreur, auront repris leurs esprits, le crime pourrait se retourner contre les démagogues qui les ont excités.

samedi 2 juillet 2016

Je suis... ailleurs

« Je suis Paris », « Je suis Bruxelles »… Mais on n’a pas beaucoup vu fleurir « Je suis Istanbul ». Encore moins « Je suis Djakana », ce village du nord du Cameroun où Boko Haram vient d’ajouter onze morts aux 20 000 victimes dont il serait responsable depuis 2009. « Je » n’est pas non plus Kaboul, qui pleure vingt-sept jeunes policiers assassinés.
Le sang versé dans les contrées lointaines serait-il moins coté que les vies fauchées dans les capitales d’Europe ? La maire de Paris a secoué notre mortelle indifférence en faisant illuminer la tour Eiffel aux couleurs de la Turquie, rappelant que le fanatisme « doit nous trouver unis et sûrs de nos valeurs, face à ceux qui n’en ont aucune ». L’initiative n’a soulevé un enthousiasme délirant ni dans le monde politique ni dans la blogosphère paralysée par la réputation du gouvernement d’Ankara – comme si le césarisme d’Erdogan pouvait légitimer la violence contre ceux qui n’en peuvent mais.
Et le Cameroun… Quoi, le Cameroun ? D’accord, on se désole pour cet Etat dont les frontières septentrionales sont dévastées par les attaques d’illuminés obsédés par les femmes, l’alcool et les mécréants. Mais il est si loin, ce pays où pourtant l’on parle français et où le groupe Bolloré fait travailler 7 000 personnes ! Quant à l’Afghanistan, n’en parlons même pas, nous avons bien trop de mauvais souvenirs du bourbier dans lequel se sont enferrées les armées occidentales.
Passons vite. L’exode vers (peut-être) le soleil commence ce week-end. Les terroristes sont priés de continuer à massacrer ailleurs, pour nous laisser terminer dans la joie l’Euro et le vote de la loi Travail, et lancer de même le Tour sur les routes de France. Mortelle indifférence... Sommes-nous si fatigués qu’il ne nous est plus possible de partager la douleur ?
Bernard MAILLARD.
 (Editorial du Républicain Lorrain du 1er juillet 2016.)

Sur les Britanniques et l'Europe


Finalement, je n'ai rien à retirer à cet éditorial du Républicain Lorrain du 16 avril.

Malentendu

Qui a peur du Brexit ? Les grands argentiers, les banquiers, les multinationales. Il paraît que l’autre jeudi, pendant le sommet franco-allemand de Metz, Angela Merkel et François Hollande ont préparé la mobilisation de la Banque centrale afin de prévenir les effets d’une chute de la livre sterling, au cas où les Britanniques décideraient d’ériger une digue entre Douvres et Calais. De son côté, Christine Lagarde, au nom du Fonds monétaire international, évoque « un risque sérieux pour la croissance mondiale ».

Que le Royaume-Uni, dont le taux de croissance s’est chiffré à 2,5 % l’an dernier, joue avec les nerfs des financiers n’est pas très nouveau. En 1973 déjà, il considérait que son adhésion à la CEE, d’où naquit plus tard l’Union européenne, n’était qu’un outil économique et n’avait rien d’un grand dessein politique. Quarante-trois ans plus tard, l’état d’esprit n’a guère changé. Outre-Manche, beaucoup voient toujours l’Union comme un engin supranational dont on peut se séparer dès qu’il n’est plus rentable. Quitte à lancer un fallacieux signal aux eurosceptiques polonais, néerlandais ou autrichiens, qui n’ont pas, eux, le filet de sécurité qu’apportent les marchés du Commonwealth.

On pourrait brocarder les Anglais sur leur peu de sens de la solidarité, si l’on n’avait le souvenir de leur furieuse détermination lorsque la peste brune menaçait le monde. En vérité, le problème est autant européen que britannique. Entre Londres, Paris, Bruxelles et Berlin, le ménage s’est établi sur un malentendu fondamental, les uns vivant comme une invasion napoléonienne ce que les autres promettaient comme une association pour la prospérité. Et les dix prochaines semaines de campagne référendaire paraissent bien courtes pour réécrire l’histoire.

Bernard MAILLARD.

mardi 2 juin 2015

Cent emplois détruits en silence


Hier a été diffusée cette dépêche de l'AFP, que l'on ne retrouve ce matin dans aucun quotidien régional en Lorraine.


96 suppressions d’emploi au Bien public et au Journal de Saône-et-Loire (syndicat)

Quatre-vingt-seize emplois vont être supprimés dans les services techniques et administratifs des quotidiens Le Bien public et Le Journal de Saône-et-Loire, propriétés du groupe Ebra, a-t-on appris lundi de source syndicale.
La fermeture d’ici février 2016 de l’imprimerie de Châtenoy-le-Royal (Saône-et-Loire) va entraîner la suppression de 56 postes, selon la déléguée syndicale CGT-Filpac, Valérie Roure.
L’impression des deux titres bourguignons sera ensuite transférée à Chassieu (Rhône), où est tiré un titre du même groupe, Le Progrès.
Un second volet du plan de sauvegarde de l’emploi prévoit d’ici fin 2015 quarante départs volontaires dans les services administratif, technique et informatique du Bien public et du Journal de Saône-et-Loire.
«La situation conjoncturelle de la presse écrite n’est pas florissante et il y a une stratégie générale de restructuration» afin d’opérer des regroupements notamment pour l’informatique et la publicité, a déclaré à l’AFP Mme Roure. «Nous essuyons les plâtres mais nous ne serons pas les seuls, je pense notamment à l’Est républicain, L’Alsace,...» (autres publications du groupe Ebra).
La déléguée syndicale a indiqué que les négociations avec la direction, qui se sont déroulées dans un climat «serein», allaient permettre d’atteindre un accord majoritaire avec les organisations syndicales.
Selon l’OJD, en 2014, le Bien public a été diffusé à 37.970 exemplaires quotidiens (-3,82% par rapport à 2013) et le Journal de Saône-et-Loire à 50.034 exemplaires (-2,56%).
Détenu par le Crédit mutuel, le groupe Ebra est le premier groupe de presse régionale en France en termes de lecteurs, avec ses titres L’Est Républicain, Les Dernières Nouvelles d’Alsace, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré....
En 2013, le groupe avait arrêté le titre franc-comtois Le Pays, supprimant 30 postes, dont 19 journalistes qui avaient rejoint L’Est Républicain.
Interrogée par l’AFP, la direction n’avait pas réagi en début de soirée.
mb/fga/nm

 Il est vrai que, juridiquement, le "groupe EBRA" n'existe pas. C'est sans doute à cause de cette erreur, qu'ils ne savaient pas comment corriger, que les rédacteurs en chef des quotidiens de l'Est n'ont pas pu publier cette dépêche. Parce que sinon... je ne vois pas d'autre raison.

lundi 2 mars 2015



En attendant...

Il y a un peu plus d’un an et demi, le journal qui me fait l’honneur de m’employer m’a affecté au service « magazine » de la Rédaction. On ne m’a pas demandé mon avis, mais bon… Je me rappelle avoir expliqué au petit gars qui m’a annoncé la nouvelle que je le trouvais un peu gonflé de me muter dans un service probablement condamné à disparaître. « Mais non, ça n’arrivera pas… » Tu parles ! Aujourd’hui, nous savons que le « 7 Hebdo », ce supplément dominical auquel j’essaie d’apporter mon écot de façon à peu près correcte sous la belle signature de Marie Renaud, vit sans doute ses derniers mois, en application de la politique fixée par le Crédit Mutuel.

Restons calmes, ça ne servira à rien de s’énerver. Pour garder le moral, je me lance un pari : utiliser dans les pages de ce supplément, avant sa disparition, les quelques mots répertoriés ci-dessous. Pour l’instant, je ne vois pas trop comment je vais réussir à les caser, mais comme disait à peu près Georges Perec, la contrainte stimule la créativité !


- téléportation

- eschatologique

- anarchosyndicalisme

- pétasse ou poufiasse

- syncrétisme

- Barcelonnette

- armoricain

- autocuiseur

- prépuce

- biniou

mardi 13 janvier 2015

Je suis Charlie, je ne suis pas Cabu

Jamais je n’avais imaginé que je reviendrais à ce blog à l’occasion d’un bain de sang. D’ailleurs, je n’ai pas très envie d’ajouter ma sidération au déferlement d’éditos, commentaires, messages, discours qui se bousculent depuis une semaine, dont beaucoup disent ce que je ressens bien mieux que je n’en serais capable.

Juste un souvenir, le souvenir de la belle grande marche de dimanche dernier dans les rues de la ville. Il faisait froid, mais un brin de soleil et un temps sec nous ont aidés à piétiner, quasi immobiles, entre les places Mazelle et de la République. Heureux d’être présents, debout, sans slogans définitifs, avec un peu trop de drapeaux peut-être – mais ils étaient agités, pour une fois, avec les meilleures intentions du monde. 40 000, 45 000, 50 000 personnes ordinaires : voilà ce qui comptait, nous étions des citoyens ordinaires réunis dans la cité.

Pourtant, pendant et au lendemain de ce rassemblement, quelques amis se sont étonnés : « Pourquoi n’es-tu pas venu avec les collègues à la tête du cortège ? » J’en suis d’abord resté bouche bée. Pas un instant je n’avais pensé à cela ! Pourquoi aller se faire voir au premier rang ? Pour représenter la profession, pour incarner la liberté d’expression, pour incarner la démocratie et le droit à la vérité ?  Mais ce qui était justement merveilleux en ce 11 janvier 2015, c’était que toutes ces valeurs fussent la propriété générale de tout un peuple ! Les journalistes n’en sont, à l’occasion, que les vecteurs.

Et puis, retombons sur terre. Je ne suis qu’un petit journaliste dans un petit journal, dont l’esprit de résistance n’est pas précisément la vertu cardinale. (Depuis 6 ou 7 ans, ce qui lui restait d’originalité et d’identité se dissout lentement dans un grand magma inconsistant, dans l’indifférence générale, ce qui conforte encore plus mon humilité.) Je ne doute pas, vraiment pas de la sincérité de mes consoeurs et confrères qui ont cru bon de parader en agitant les Unes de Charlie et en assurant le monde entier de leur combat pour la République. Mais nous autres, journalistes du quotidien local, de l’hebdo départemental, de la télé régionale ou des radios plus ou moins libres, ne sommes pas du même monde que Charb, Cabu, Wolinski, Maris et les autres. Nous sommes des petits, tout petits, et nous ne devons pas en avoir de complexes, car nous pouvons être utiles à la société. Et si un jour nous risquons notre vie, ce sera plus sûrement dans un accident de voiture que face à des kalachnikovs. Au pire, nous subissons la violence verbale de quelques bas-du-front, ce qui n’est pas vraiment terrifiant.

Alors… Ne frimons pas trop, faisons notre boulot et profitons de cet instant de grâce où les lecteurs, les non-lecteurs, les écriverons et les fabricants d’images se sont anonymement et fraternellement retrouvés. Personnellement, ça me suffira, tant que, grâce à la République, des faibles d’esprit ne réussiront pas à m’interdire de lire ce que je veux lire, penser ce que je veux penser et aimer qui je veux aimer.